Charabia bordélique

Je suis là, pas préparé, pris au dépourvu, devant une pauvre page blanche.
Je vais devoir agiter mon encéphale, et mouvoir mon vieux et virevoltant stylo.
Mais, là est bien le problème sur lequel il faut que, derechef, je me penche.
Alors, je vais bidouiller une histoire, trouver un lieu, déposer des mots à volo.

Evitons billevesées, boniments, bafouillages bordéliques et peu brillants !
Entreprenons.

Dans un champ, j’ai laissé s’évader un chant lancinant, jazzant et exaltant.
Dans un champ, le vent violent bousculait mes parcimonieuses phrases.
Dans un champ, le chanvre agité chahutait mes plans, et ça c’est chiant !
Dans un champ, j’ai échangé mes chienlits par des envies avec emphase.

Ah non ! Billevesées, boniments, bafouillages bordéliques et peu brillants !
Reprenons.

Dans une rue, un bourru barbu, titubant, bafouillait bien des borborygmes.
Dans une rue, ce borné, bas du bide, baroudait les méninges embrouillées.
Dans une rue, bourré tel une barrique, il s’emberlificotait dans ses paradigmes.
Dans une rue, ce benêt baguenaudait, avec son baluchon bigarré et bariolé.

Ah non ! Billevesées, boniments, bafouillages bordéliques et peu brillants !
Reprenons.

Dans une impasse, un chat chamarré cherchait une chatte chatoyante.
Dans une impasse, ce minou incarnait le chasseur sachant chasser sans son chien.
Dans une impasse, ce minet errait tel un Chabal chavirant aux humeurs cheminantes.
Dans une impasse, il changea de quête, et se chafouina avec de chauds bons à rien.

Ah non ! Billevesées, boniments, bafouillages bordéliques et peu brillants !
Reprenons.

Dans la brume, cette chronique cataclysmique ne claquera pas pour la postérité.
Dans la brume, ne sortent qu’anecdotes, chroniques bonnes pour l’archéologie littéraire.
Dans la brume, ces sonnettes, fables, contes ineptes ne m’ont pas, peu ou prou, amusé.
Dans la brume, je décide de retourner à mes premières amours : la comédie de caractère !

Ah oui ! Assez de billevesées, boniments, bafouillages bordéliques et peu brillants !
Je me perds, mais je persiste, je persévère, je pérore, je percute et ne périclite pas.
Reprenons, et changeons d’aspect puisque le précédent style s’avère pétrifiant.
Je suis con mais je continue, je consulte, je contrebraque, je conjecture dans un brouhaha.
Reprenons.

Un spot, une découpe, un par, une poursuite,
Un plateau, un pendrillon, un rideau, un grill,
Une chaise, une table, un placard, une marguerite,
Un homme, une enfant, un figurant, une fille,

Un vers, un recueil, une déclamation, un sonnet,
Un mot, un calembour, une tirade, un dialogue,
Un sourire, un rire, un bravo, un sifflet,
Un jardin, une cour, un parterre… la fin de mon monologue !
Le théâtre !